
Quelques heures seulement après que l’Allemagne a célébré son statut de pays ayant adopté le Système d’Entrée et de Sortie (EES) le plus rapidement, le plus grand syndicat de police du pays (GdP) a tiré la sonnette d’alarme sur le coût humain d’un renforcement de la surveillance aux frontières. Dans des déclarations publiées tard le 9 avril, Andreas Roßkopf, chef de la section frontalière du GdP, a indiqué que le déploiement de plus de 1 000 policiers anti-émeutes aux frontières terrestres « ne peut être maintenu que quelques semaines » sans compromettre les plannings de formation et accumuler un important retard d’heures supplémentaires. Cette prise de position fait suite à l’ordre donné le mois dernier par le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt d’intensifier les contrôles ponctuels dans la zone frontalière allemande de 30 kilomètres. Depuis l’entrée en vigueur de cette directive, les refus d’entrée ont augmenté de près de 50 %, selon les chiffres internes de la police. Des critiques, venant de tout l’éventail politique, craignent que l’Allemagne ne risque d’aliéner ses voisins européens si ces contrôles unilatéraux deviennent la norme. Pour les employeurs, ce débat a des répercussions concrètes. Les salariés qui font quotidiennement la navette depuis l’Autriche, la Pologne ou la République tchèque sont de nouveau soumis à des contrôles aléatoires de leurs documents, pouvant rallonger leur trajet de 20 à 40 minutes — un impact non prévu sur la productivité des usines et des centres logistiques situés près des frontières. Les responsables de la mobilité pourraient devoir ajuster les horaires de travail ou fournir des copies numériques des permis de travail et cartes de séjour que les employés pourraient présenter à la demande. Le GdP appelle le gouvernement fédéral à réduire ces contrôles ou à augmenter durablement les effectifs policiers. Le ministère de Dobrindt n’a pas encore répondu, mais les observateurs soulignent que la nouvelle coalition conservatrice a misé sa crédibilité sur un durcissement de la politique migratoire. Un recul pourrait s’avérer politiquement coûteux avant les élections régionales majeures prévues plus tard cette année. Les entreprises employant un grand nombre de travailleurs transfrontaliers devraient donc suivre de près les signaux politiques et envisager de délivrer des « attestations de retard aux frontières » que les salariés pourraient présenter à leurs supérieurs en cas de retard dû aux contrôles. À moyen terme, des solutions de pré-contrôle numérique — similaires à celles utilisées pour les transporteurs agréés — pourraient apporter un soulagement, à condition que les ministères du travail parviennent à concilier les règles de protection des données avec les besoins des forces de l’ordre.
Source : Berlin Today
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