
Le programme phare italien de migration de main-d’œuvre, le Decreto Flussi, ne tient pas ses promesses d’entrées ordonnées sur le marché du travail, selon le quatrième rapport « Io Ero Straniero » publié le 20 avril 2026. En s’appuyant sur les données des ministères de l’Intérieur et du Travail, les ONG à l’origine de l’étude révèlent que sur les 146 850 entrées autorisées lors du click-day 2024, seuls 24 858 permis de séjour (16,9 %) ont effectivement été délivrés. Dans de nombreuses préfectures, le taux de réussite est à un chiffre. Les blocages surviennent à chaque étape: moins de la moitié des quotas prévus ont donné lieu à des « nulla osta » (autorisation de travail), et parmi ceux-ci, seulement 48,5 % ont abouti à des visas. Une fois arrivés, des milliers de travailleurs découvrent que leurs employeurs parrains ont disparu, refusent de se présenter aux rendez-vous en préfecture ou échouent aux contrôles de revenus, laissant les migrants dans une situation précaire et risquant le statut irrégulier. Le rapport pointe du doigt le sous-effectif chronique dans les consulats et préfectures italiens, des systèmes informatiques fragmentés ainsi que des contrôles de sécurité stricts pour les candidats originaires du Bangladesh, du Pakistan, du Sri Lanka et du Maroc. Les défenseurs des travailleurs estiment qu’au moins 11 600 nouveaux arrivants admis depuis 2024 dérivent désormais vers l’irrégularité, souvent endettés à cause des frais de recrutement. Pour les employeurs, le constat est clair: s’appuyer sur le Decreto Flussi pour pourvoir des postes saisonniers ou peu qualifiés devient de plus en plus incertain. Les multinationales des secteurs agricole, hôtelier et logistique se tournent vers des recrutements intra-UE, des transferts ICT à plus long terme ou l’automatisation pour combler les besoins. Les décideurs sont appelés à instaurer des quotas pluriannuels, des offres d’emploi transférables et des sanctions contre les employeurs « fantômes » afin d’éviter la loterie administrative et la perte de talents. En attendant des réformes structurelles, les gestionnaires de mobilité doivent prévoir des délais supplémentaires — souvent de 12 à 18 mois — pour les demandes de quotas et envisager des solutions alternatives comme la carte bleue européenne ou les notifications de travailleurs détachés lorsque les profils de compétences le permettent.
Source : la Repubblica
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