
Le gouvernement tchèque s’apprête à restreindre ce qu’il qualifie de « tourisme des prestations » au sein de la importante communauté de réfugiés ukrainiens dans le pays. Un projet d’amendement dévoilé le 20 mai vise à durcir deux piliers essentiels du dispositif de protection temporaire instauré après l’invasion russe: l’allocation pour besoins humanitaires et la possibilité d’échanger la protection temporaire contre un permis de séjour spécial de longue durée. Selon ce plan, tout réfugié bénéficiant de l’aide humanitaire tchèque devra désormais passer au moins 16 jours du mois concerné physiquement sur le territoire tchèque. Un séjour de plus de 30 jours consécutifs hors de l’ensemble de l’espace Schengen entraînera le retrait automatique de l’allocation financière ainsi que du statut de résident. La porte-parole du ministère de l’Intérieur, Adéla Dittmannová, explique que cette règle vise à empêcher les bénéficiaires qui « ont effectivement déménagé ailleurs » de continuer à percevoir les aides tchèques. Le projet impose également aux Ukrainiens en âge de travailler d’être économiquement actifs — soit employés, inscrits à l’agence pour l’emploi, ou exploitant une entreprise agréée — avant de pouvoir prétendre à l’allocation. Les autorités estiment que ces modifications permettront de préserver le soutien public aux mesures de protection en garantissant que seules les familles réellement déplacées par la guerre, et non les « navetteurs longue distance », bénéficient des aides rares au logement et des contributions à l’assurance maladie. Pour les employeurs, la loi aura deux conséquences pratiques. D’une part, les entreprises devront surveiller de plus près les déplacements de leurs employés; des voyages d’affaires prolongés à l’étranger pourraient compromettre le statut de protection d’un salarié et donc son droit au travail. D’autre part, les services RH devront se préparer à des contrôles documentaires renforcés lors du renouvellement des contrats: les fiches de paie ou extraits de registre de commerce pourraient devenir des preuves obligatoires d’activité économique. Le Parlement devrait accélérer l’adoption de cette législation avant l’expiration du régime actuel de protection, prévue le 31 mars 2027. Si les associations de défense des réfugiés alertent sur le fait que ces exigences plus strictes de présence physique pourraient compliquer les visites familiales transfrontalières, le ministère de l’Intérieur assure que les courts déplacements pour funérailles, mariages ou affaires officielles resteront autorisés sans pénalité, à condition de respecter la règle des 30 jours. Avec plus de 320 000 Ukrainiens bénéficiant actuellement de la protection temporaire dans le pays, les enjeux — pour les finances publiques, le marché du travail local et la politique d’intégration — sont considérables.
Source : Logos-Press
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