
Une décision dramatique de la Cour suprême des États-Unis, rendue le 25 juin, mettant fin au Statut de Protection Temporaire (TPS) pour environ 350 000 Haïtiens, a des répercussions immédiates au nord de la frontière. Deux jours plus tard, le 27 juin, Frantz André, travailleur auprès des réfugiés à Montréal, a déclaré aux journalistes que son téléphone n’arrêtait pas de sonner avec des appels d’Haïtiens déjà en route vers le Canada. En vertu de l’Accord sur les tiers pays sûrs (ATPS) entre le Canada et les États-Unis, la plupart de ces personnes seront refoulées aux points d’entrée officiels, mais l’histoire montre que beaucoup tenteront des passages irréguliers, comme par la route Roxham ou la frontière peu surveillée entre le Vermont et le Québec. Le bureau canadien d’Amnesty International a mis en garde contre le risque que le renvoi de migrants désespérés vers les États-Unis — où ils risquent désormais la détention et l’expulsion — viole les obligations internationales de non-refoulement. Pour les décideurs canadiens, le timing est délicat. Le Parlement a adopté plus tôt cette année le projet de loi C-12, qui accélère les délais pour les demandes d’asile, mais Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) doit encore gérer un retard de 92 000 dossiers de réfugiés. Une hausse inattendue des demandes haïtiennes pourrait mettre à rude épreuve les ressources en logement et en aide juridique au Québec et en Ontario, contraignant Ottawa à revoir les plafonds récents sur les résidents temporaires. Les responsables de la mobilité internationale doivent noter que les transferts d’employés haïtiens titulaires de visas américains pourraient tenter de se rediriger vers des filiales canadiennes pendant que leur statut reste incertain. Les entreprises doivent consulter leurs conseillers pour vérifier l’éligibilité au Programme de mobilité internationale et préparer des budgets de logement de secours; les travailleurs arrivant de manière irrégulière ne peuvent être employés avant d’avoir obtenu une autorisation de travail, qui prend actuellement de quatre à six mois. Dans une déclaration écrite à CityNews, IRCC a réaffirmé que l’ATPS reste en vigueur et que « les demandeurs d’asile doivent présenter leur demande dans le premier pays sûr d’arrivée », mais a ajouté qu’il surveille la situation et « interviendra conformément aux engagements humanitaires » si le nombre de demandes augmente fortement.
Source : CityNews / Canadian Press