
Le premier programme de régularisation à grande échelle en Espagne depuis 2005 s’est clôturé avec 1 174 978 demandes, soit près du double des 600 000 initialement prévues par le gouvernement, a confirmé le ministère de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et de la Migration le 14 juillet. Cette fenêtre de six mois, ouverte d’avril au 30 juin 2026, offrait aux résidents sans papiers pouvant justifier d’au moins deux ans de séjour continu la possibilité d’obtenir des permis de séjour et de travail provisoires pendant l’examen de leur dossier. Selon Al Jazeera, seulement 11 000 dossiers ont déjà reçu une réponse favorable, mais plus de 608 000 candidatures ont été acceptées pour traitement, leur donnant un accès immédiat au marché du travail. Cette affluence met en lumière l’ampleur de l’économie informelle en Espagne ainsi que le défi démographique auquel fait face le pays européen dont la population vieillit le plus rapidement. Le Premier ministre Pedro Sánchez a présenté cette initiative comme une nécessité économique, avertissant que sans immigration, le PIB espagnol pourrait être inférieur de 19 % en 2050 et que 90 000 bars — symbole de la vie espagnole — risqueraient de fermer. Des secteurs comme les soins aux personnes âgées, l’hôtellerie et l’agriculture ont déjà enregistré 159 000 nouveaux travailleurs dans le système de sécurité sociale depuis avril, atténuant les pénuries chroniques de main-d’œuvre qui ont fait grimper les salaires dans les zones touristiques. Pour les employeurs, la régularisation apporte de la clarté. Les entreprises qui risquaient auparavant des amendes pour embauche de travailleurs sans papiers peuvent désormais proposer des contrats légaux, facilitant l’obtention des certificats A1 pour les travailleurs détachés dans d’autres pays de l’UE. Les multinationales disposant de centres de services partagés à Madrid et Barcelone estiment que cette politique élargira le vivier de talents bilingues débutants, notamment en provenance d’Amérique latine. Les avocats spécialisés en immigration, cependant, mettent en garde les services RH de ne pas considérer les approbations comme automatiques: les candidats doivent toujours passer des vérifications de casier judiciaire et prouver leur autonomie financière. Sur le plan politique, ce programme distingue l’Espagne de la tendance au durcissement observée ailleurs en Europe. Le groupe de défense Regularización Ya, qui a mené la campagne, soutient que ce taux de participation inattendu prouve que des années de politiques restrictives ont simplement poussé les personnes concernées à s’enfoncer davantage dans la clandestinité. Les partis d’opposition conservateurs rétorquent que cette amnistie encouragera les arrivées irrégulières via la route des îles Canaries; le ministère de l’Intérieur assure que la surveillance maritime ne sera pas relâchée. Concrètement, les employeurs doivent se préparer à une vague d’embauches à l’automne. Le ministère s’est engagé à traiter 80 % des dossiers en trois mois, un calendrier qui coïncide avec le pic de recrutement pour la saison commerciale de Noël. Les services de paie devront rapidement ajuster les calculs de retenue à la source: les travailleurs régularisés passent des déductions forfaitaires d’urgence aux barèmes progressifs de l’impôt sur le revenu dès l’émission de leur permis provisoire.
Source : Al Jazeera
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