
L’extraordinaire régularisation prévue en Espagne pour 2026 — une amnistie qui pourrait finalement accorder des droits de résidence et de travail à plus d’un million d’étrangers en situation irrégulière — se heurte à un obstacle juridique inattendu seulement trois semaines après la clôture des candidatures. Le 3 juillet 2026, la Cour suprême a annoncé qu’elle saisirait la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) de questions préliminaires afin de vérifier la compatibilité du décret espagnol avec le Pacte européen sur la migration et l’asile (PEMA), partiellement entré en vigueur le 12 juin. Selon le PEMA, toute personne franchissant irrégulièrement les frontières extérieures de l’UE doit subir un « contrôle biométrique préliminaire » et, le cas échéant, une détention en procédure frontalière de trois mois avant même de pouvoir déposer une demande d’asile. En revanche, l’amnistie espagnole accorde une autorisation de séjour renouvelable d’un an et un accès immédiat au marché du travail à toute personne ayant déposé une demande entre le 16 avril et le 30 juin 2026, et pouvant prouver une résidence en Espagne avant le 31 décembre 2025, sans casier judiciaire sérieux. La Cour suprême craint que cette mesure nationale ne compromette les règles européennes de contrôle et de solidarité en permettant à l’Espagne de régulariser unilatéralement des migrants. Le gouvernement Sánchez réplique que le décret a été rédigé avant l’entrée en vigueur du PEMA et que l’article 79 du Traité sur le fonctionnement de l’UE préserve la compétence nationale pour « déterminer les volumes d’admission de ressortissants de pays tiers à des fins d’emploi ». Des juristes consultés par APD Notícies soulignent que plusieurs États membres, dont l’Italie et le Portugal, ont déjà mené des amnisties périodiques sans contestation européenne, mais reconnaissent que le nouveau cadre plus harmonisé pourrait changer la donne. Pour les employeurs des secteurs de l’hôtellerie, de la logistique et de l’agroalimentaire — déjà confrontés à des taux de vacance pouvant atteindre 12 % selon la fédération patronale CEOE — cette procédure judiciaire ravive l’incertitude. Sauf si la CJUE accorde une procédure accélérée, un jugement définitif pourrait prendre entre 18 et 24 mois, durant lesquels les permis de travail temporaires délivrés à environ 600 000 candidats (voir article séparé) resteront valides, mais leur conversion en titre de séjour complet pourrait être retardée. Les services RH sont invités à vérifier scrupuleusement les dates d’expiration des autorisations de leurs employés et à prévoir des plans de secours pour les renouvellements. Quel que soit le verdict, ce bras de fer illustre la tension croissante entre la digitalisation des frontières au niveau européen et la flexibilité des marchés du travail au niveau national.
Source : APD Noticies
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