
Dans un arrêt historique rendu le 8 juillet, la Cour suprême espagnole a mis fin à une faille juridique qui permettait à la police d’effectuer des « devoluciones en caliente » – des renvois immédiats – de migrants interceptés en train de nager ou de dériver vers les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Cette pratique controversée, officialisée en 2015 par une modification de la loi espagnole sur l’immigration, avait initialement été conçue pour les groupes franchissant les doubles clôtures frontalières. Avec le temps, elle a également été appliquée aux personnes interceptées dans les eaux séparant le Maroc des villes nord-africaines.
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La Chambre administrative précise désormais que la procédure accélérée de rejet ne peut être utilisée que lorsqu’une personne « franchit des éléments physiques de confinement frontalier tels que des clôtures », et non lorsqu’elle est arrêtée en pleine mer. L’affaire concernait un ressortissant algérien renvoyé sommairement aux autorités marocaines en 2024 après avoir été intercepté par la Guardia Civil espagnole alors qu’il tentait de rejoindre Ceuta à la nage. Les juridictions inférieures avaient déjà jugé ce renvoi illégal, la mer ne constituant pas une barrière physique. La Cour suprême établit désormais cette doctrine pour tous les cas futurs. Ce jugement a de vastes répercussions sur la gestion des frontières dans le détroit de Gibraltar. Le ministère espagnol de l’Intérieur devra garantir que les sauvetages en mer déclenchent les procédures migratoires classiques, incluant identification, accès à un avocat et droit de demander l’asile.
Des ONG de défense des droits humains telles que CEAR et Amnesty International, longtemps critiques des refoulements, ont salué cette décision comme « un tournant » renforçant les garanties procédurales et alignant l’Espagne sur la jurisprudence récente de la Cour européenne des droits de l’homme. Sur le terrain, les unités de la Police nationale déployées à Tarajal (Ceuta) et Beni Enzar (Melilla) devront adopter des protocoles actualisés. Les équipes de mobilité d’entreprise en charge de la relocalisation de personnel vers ces enclaves doivent anticiper des délais de traitement plus longs pour les arrivées par voie maritime, ce qui pourrait accroître la pression migratoire mixte sur les centres d’accueil locaux.
Le jugement pourrait également influencer les négociations en cours entre l’Espagne et le Maroc sur un nouvel accord bilatéral de réadmission, Rabat perdant un mécanisme accéléré qu’il avait tacitement accepté. Les employeurs opérant à Ceuta et Melilla sont invités à suivre de près l’arrêté ministériel à venir qui traduira la décision de la Cour en instructions opérationnelles. Le non-respect des nouvelles règles pourrait entraîner des litiges et nuire à la réputation des entreprises si leurs prestataires de sécurité ou activités volontaires parrainées sont perçus comme facilitant des refoulements illégaux.
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