
Dans une décision qui pourrait transformer la délivrance des documents d’identité dans l’un des États indiens les plus sensibles à la question migratoire, le cabinet de l’Assam a approuvé le 13 juin un nouveau protocole soumettant chaque nouvelle demande d’Aadhaar déposée par les résidents majeurs à une vérification automatique croisée avec le Registre national des citoyens (NRC). L’Aadhaar, géré au niveau national par l’Autorité unique d’identification de l’Inde (UIDAI), est censé prouver l’identité et la résidence, mais pas la nationalité. Le gouvernement BJP au pouvoir en Assam soutient cependant que des faux papiers d’identité ont permis à des migrants sans papiers — principalement originaires du Bangladesh voisin — d’accéder aux aides sociales et de s’intégrer au marché du travail local. Selon les nouvelles règles, un demandeur adulte dont les données démographiques ou biométriques ne correspondent pas à la base du NRC verra son numéro Aadhaar retenu en attendant une vérification manuelle. Les détenteurs actuels d’Aadhaar ne sont pas concernés. Les détracteurs estiment que cette mesure brouille la frontière juridique entre résidence et citoyenneté, risquant d’exclure des citoyens légitimes dont les données NRC comportent des erreurs d’orthographe ou des liens familiaux incomplets. Le projet final du NRC de 2019 avait exclu 1,9 million de personnes, dont beaucoup sont aujourd’hui en appel devant les tribunaux des étrangers. Pour les employeurs, les gestionnaires de mobilité et les banques qui utilisent l’Aadhaar pour les vérifications KYC, cette décision pourrait allonger les délais d’intégration des nouveaux employés en Assam. Les programmes de distribution d’aides sociales exigeant l’enrôlement Aadhaar devront aussi prévoir des mécanismes de secours pour éviter le gel des prestations des demandeurs en attente de vérification. Sur le plan fédéral, ce filtre imposé par l’État teste la marge de manœuvre d’un État frontalier sur un système d’identification géré par l’Union, et le gouvernement central pourrait être entraîné dans un bras de fer politique avec Dispur. Concrètement, les entreprises devraient conseiller aux salariés mutés en Assam de lancer leur inscription Aadhaar bien à l’avance et de conserver des pièces d’identité alternatives (passeport, PAN) pour le versement des salaires et l’activation des cartes SIM. Les ONG travaillant avec les communautés marginalisées doivent se préparer à accompagner les procédures d’appel. Cet épisode rappelle aussi aux employeurs multi-étatiques que les régimes d’identité en Inde peuvent varier fortement selon les États, surtout là où la politique migratoire est sensible.
Source : Anantam IAS
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