
Moins d’un mois après avoir reçu la sanction royale, la Loi sur le renforcement du système d’immigration et des frontières du Canada — mieux connue sous le nom de projet de loi C-12 — commence déjà à transformer le paysage des réfugiés dans le pays. Selon un rapport de The Financial Express du 21 avril, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a commencé à envoyer des lettres de « procédure équitable » à environ 30 000 personnes dont les demandes d’asile pourraient désormais être jugées irrecevables, car déposées plus d’un an après leur première arrivée au Canada. Les destinataires disposent de seulement 21 jours pour répondre, fournir des preuves supplémentaires ou quitter volontairement le pays avant le lancement des procédures formelles d’expulsion. Cette règle du dépôt dans un délai d’un an existait déjà dans la réglementation, mais était rarement appliquée. Le projet de loi C-12 inscrit désormais ce délai dans la loi principale et l’applique rétroactivement aux demandes déposées à partir du 3 juin 2025 — une mesure controversée que les avocats estiment prendre de court de nombreux demandeurs qui pensaient déjà être dans le système. Parmi les migrants concernés, on compte un nombre important d’anciens étudiants internationaux qui se sont tournés vers la procédure d’asile après le durcissement des autres voies vers la résidence permanente. Concrètement, la plupart des personnes signalées par l’IRCC devront désormais passer par une Évaluation des risques avant renvoi (ERAR), une procédure écrite offrant moins de droits d’appel qu’une audience complète devant la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR). Les employeurs dans des secteurs comme la transformation alimentaire et la logistique, qui dépendent fortement des titulaires de permis de travail ouverts en attente d’une décision d’asile, alertent sur le fait que des expulsions soudaines pourraient aggraver les pénuries de main-d’œuvre, notamment en Ontario et en Colombie-Britannique. Pour les équipes de mobilité internationale, les actions immédiates consistent à auditer les effectifs pour identifier les dossiers d’asile ouverts, préparer des plans de contingence en matière de personnel et conseiller aux travailleurs concernés de consulter sans délai un avocat accrédité. Les entreprises parrainant des transferts intra-entreprise doivent également veiller à ce que les détachés de courte durée ne dépassent pas involontairement la limite des 12 mois et ne se retrouvent pas en infraction. Sur le plan politique, cette mesure traduit la volonté du gouvernement Carney de limiter ce qu’il considère comme des abus des voies d’asile tout en libérant des ressources pour les filières d’immigration qualifiée. Les groupes de défense des droits estiment cependant que ces délais accélérés risquent de pousser les personnes vulnérables dans la clandestinité et pourraient donner lieu à des contestations constitutionnelles. Alors que la première série de délais de 21 jours expire à la mi-mai, les semaines à venir seront un test pour voir si l’IRCC peut concilier application de la loi et respect de la procédure, et si les employeurs sont prêts à faire face à un éventuel impact sur leur main-d’œuvre de première ligne.
Source : The Financial Express
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