
La Commission européenne a confirmé que Chypre a mis en œuvre les 120 recommandations nécessaires pour rejoindre l’espace Schengen sans frontières de l’UE, mais des diplomates avertissent que ce sont désormais des enjeux politiques — et non technologiques — qui freinent l’île. Dans une interview publiée le 12 octobre, le vice-ministre de la Migration, Nicholas Ioannides, a déclaré que le gouvernement a finalisé toutes les mises à jour informatiques et ajustements législatifs requis pour connecter Chypre au Système d’Entrée/Sortie européen ainsi qu’aux bases de données communes de sécurité. La prochaine étape est l’approbation unanime des ministres de l’Intérieur de l’UE. Or, ce consensus reste difficile à obtenir. L’Autriche et les Pays-Bas ont exprimé de manière informelle des réserves sécuritaires concernant deux anomalies de longue date sur l’île: la Ligne Verte de 180 kilomètres, patrouillée par l’ONU, qui sépare la République de Chypre du nord contrôlé par la Turquie, ainsi que les Bases souveraines britanniques d’Akrotiri et Dhekelia. Ni la Ligne Verte ni ces Bases ne constituent des frontières extérieures de l’UE, mais elles gèrent des flux importants de personnes. Les détracteurs craignent que des failles dans la surveillance ne transforment Chypre en point d’entrée clandestin une fois les contrôles Schengen levés. Chypre rejette tout scénario qui ferait de la Ligne Verte une frontière rigide. Au contraire, Nicosie propose une police plus intelligente aux neuf points de passage officiels, des bases de données améliorées et une coopération renforcée avec les autorités britanniques des Bases. En coulisses, les diplomates chypriotes ont multiplié les démarches auprès des pays susceptibles d’opposer leur veto: Ioannides a rencontré ses homologues autrichien et néerlandais à Luxembourg le 1er octobre et a obtenu un soutien verbal des partenaires méditerranéens lors du sommet MED9 le 7 octobre. Pour les voyageurs d’affaires et les employeurs multinationaux, une adhésion pleine et entière à Schengen serait une révolution. Les permis de séjour chypriotes et les visas de court séjour permettraient alors une circulation sans visa dans 29 pays, réduisant considérablement les coûts de conformité pour les missions régionales. À l’inverse, tout retard supplémentaire maintient la fragmentation actuelle: les jours passés à Chypre ne comptent pas dans la règle Schengen des 90/180 jours, les salariés en mission doivent gérer des visas distincts, et les compagnies aériennes doivent continuer à tamponner les passeports dans les aéroports chypriotes. Les analystes estiment que le dossier ne sera examiné par le Conseil de l’UE qu’au premier semestre 2027 au plus tôt. En attendant, les entreprises ayant du personnel à Chypre doivent suivre de près les négociations bilatérales sur la Ligne Verte et les Bases, s’assurer que les voyageurs disposent du visa national adéquat, et conserver les preuves des tampons d’entrée que les systèmes automatisés de Schengen remplaceront un jour.
Source : Deutsche Welle